Le silence, denrée trop rare

Quelques grammes de silence par KaggeSi vous ne pouvez vous offrir qu’une courte lecture pendant l’été, n’hésitez pas une seconde, et procurez-vous «Quelques grammes de silence », d’Erling Kagge. Cet explorateur norvégien nous chuchote un rappel à l’ordre capital : nous vivons une époque où silence et pauses sont des luxes inestimables. Il souligne à quel point nous fuyons le présent en cherchant sans cesse de nouvelles activités, pour la plupart numériques, qui accaparent notre attention et l’éloignent de nous-mêmes. En l’an 2000, notre temps de concentration était en moyenne de 12 secondes. Aujourd’hui, il est de 8 secondes - une seconde de moins que les poissons rouges.

Notre besoin permanent d’être distrait, par exemple en consultant pendant des heures des fils d’information interminables est lié à une substance produite par notre organisme, la dopamine. C’est elle qui nous pousse à souhaiter, chercher, désirer quelque chose - par exemple à vérifier sans cesse notre smartphone, à la recherche de la satisfaction d’un nouveau message ou d’une alerte Facebook, Twitter, Whatsapp, Snapchat, Instagram… Ce mécanisme d’addiction génère la perte d’attention et de concentration. Pire, elle vous fait éprouver ce stress de manquer une information cruciale (« Fear Of Missing Out ») et conduit certains au burnout.

Ne comptez pas sur les GAFA pour vous en protéger, car leur modèle d’affaire est construit sur votre addiction. C’est ce que décrit Nir Eyal dans son livre « How to Build Habit-Forming Products ». Le New York Review of Books a récemment décrit cette course à l’attention entre développeurs d’applications comme la nouvelle guerre de l’opium. Il ne serait pas étonnant qu’aient lieu dans les prochaines années des procès retentissant contre certaines compagnies de la Silicon Valley, comme ce fut lecas au XXe siècle pour l’industrie du tabac.

Alors, profitez de l’été pour lire « Quelques grammes de silence». Pensez à désactiver les notifications de votre smartphone. Si vous vous en sentez le courage, désinstallez les applications de vos réseaux sociaux préférés. Interrogez-vous sur votre emploi du temps et vos routines quotidiennes. Et prenez le temps de vivre l’instant.

 

Publié le 20/06/2017 dans les Echos.