Cuir et viande sans animaux

Savez-vous que l'humanité maintient, chaque année, un cheptel totalisant 60 milliards d'animaux destinés à être massacrés pour fabriquer nos hamburgers ou nos sacs à main ? A l'avenir, avec l'augmentation de la population mondiale et l'amélioration des conditions de vie, ce cheptel devra presque doubler, pour atteindre 100 milliards d'animaux, prélevant aussi une quantité considérable des ressources (terres, eau douce, végétaux...) et générant des dégâts considérables sur notre environnement (gaz à effets de serre, maladies...). Andras Forgacs (*), fondateur de la start-up américaine Modern Meadow, est convaincu qu'une autre voie est pourtant possible. En effet, la médecine va bientôt permettre d'imprimer en 3D des tissus et des organes. Cette technologie complexe peut tout à fait être adaptée pour développer des produits animaux tels que la viande et le cuir. Cette technique permettrait d'éviter le massacre de milliards d'êtres complexes et sensibles chaque année. La bio fabrication pourrait ainsi devenir une nouvelle et grande industrie durable. Certes, un long processus devra avoir lieu avant d'accepter de la viande de synthèse dans nos assiettes. Mais qu'en est-il du cuir et des matériaux issus de l'abattage d'animaux ? Le cuir pourrait être la porte d'entrée vers une nouvelle culture « bio », dans les deux sens du terme. Aujourd'hui, il existe du cuir de synthèse issu de cultures de cellules animales extraites par simple biopsie. Pour ce faire, on isole les cellules de la peau et on les fait multiplier dans un bouillon de culture avant de les étaler pour former des couches de tissus.

Dans le domaine de la nourriture, nos aliments fermentés ont évolué de façon similaire. Aujourd'hui, nous les préparons dans de belles usines stérilisées. Les brasseries, les usines à produits laitiers sont des bioréacteurs. Si nous brassons de la bière ou fabriquons des yaourts de cette façon, pourquoi pas du cuir ? Ou de la viande ? La bio fabrication est une évolution efficace, écologique et civilisée de la culture animale, qui nous éviterait d'avoir à tuer des animaux pour obtenir des matières premières.

(*) La vidéo de l'intervention d'Andras Forgacs à TEDGlobal : http://on.ted.com/d0HAx

Publié dans les Echos le 1/7/14


Michel Lévy provencal