Le tsunami ne fait que commencer
Dans IA : canaliser le tsunami, qui paraîtra le 19 novembre 2026 aux Éditions Arpa, je réponds à une question que des centaines de dirigeants m'ont posée : « J'ai compris que l'intelligence artificielle allait tout changer. Mais, concrètement, qu'est-ce que je fais lundi matin ? ». Ce livre est ma réponse.
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J'y propose une méthode en quatre niveaux pour passer des premiers usages individuels à l'entreprise-récif : une organisation vivante dans laquelle les humains et les agents travaillent autour d'une mémoire commune. Des étapes, des durées, des gestes concrets et les pièges à éviter. Pas une nouvelle prophétie sur l'intelligence artificielle. Un mode d'emploi pour agir.
Mais, au moment où j'achève ce livre, l'arrivée d'OpenAI Astra précipite encore la bascule. Astra n'est pas une simple évolution de ChatGPT. C'est un changement de nature. L'intelligence artificielle ne se contente plus de répondre à nos questions. Elle voit, écoute, raisonne, utilise des outils, enchaîne des actions et accomplit des missions dans notre environnement quotidien. Ce qui n'était encore qu'une perspective il y a quelques mois tient désormais dans notre poche.
L'ère des agents a commencé.
De la fracture à la dilacération
Et le tsunami aussi ne fait que commencer. Mon pari est que, d'ici quelques semaines ou quelques mois, une intelligence artificielle générale à code source ouvert émergera, probablement portée par la Chine. Elle sera accessible, copiable, modifiable et déployable presque partout. À partir de là, plus personne ne pourra sérieusement prétendre contrôler sa diffusion. Nous entrerons dans une phase de prolifération massive. Une accélération presque impossible à contenir, qui creusera un gouffre entre ceux qui auront appris à maîtriser cette puissance et ceux qui continueront à la regarder passer.
Oubliez l'expression « fracture numérique ». Une fracture sépare proprement. Une dilacération arrache, broie et détruit. Ce que nous risquons désormais, c'est une DILACÉRATION NUMÉRIQUE du tissu social et économique. Ceux qui resteront derrière ne seront pas simplement « en retard ». Ils deviendront progressivement obsolètes, exclus de l'économie, du savoir et des décisions de demain. Le décrochage sera brutal. Et ses conséquences politiques pourraient devenir incontrôlables. L'enjeu n'est donc plus de débattre abstraitement de l'intelligence artificielle. Il faut s'en emparer. Apprendre. Expérimenter. Construire sa propre capacité d'action. Maintenant !
Que faire lundi matin ?
Pour les salariés
Ne nous racontons pas d'histoires : l'intelligence artificielle supprimera des emplois. Elle ne se contentera pas de prendre en charge les tâches répétitives, ingrates ou prévisibles. Elle remplacera progressivement des fonctions entières dès lors qu'elle pourra les accomplir plus vite, moins cher et parfois mieux. Certains métiers disparaîtront. D'autres seront profondément transformés. Et presque aucun ne restera intact. La bonne nouvelle, si l'on peut encore l'appeler ainsi, c'est que cette disparition ne se produira pas partout au même rythme. Il reste une fenêtre pour agir. Mais elle se referme vite. L'enjeu, pour chaque salarié, n'est donc pas simplement d'apprendre à utiliser quelques outils. Il est de réinventer son travail avant que son travail ne soit réinventé sans lui. Cela signifie identifier ce qui peut être délégué, développer ce qui reste profondément humain, apprendre à piloter des agents et reconstruire sa valeur autour du jugement, de la responsabilité, de la relation, de la créativité et de la capacité à décider. Ceux qui feront ce travail ne conserveront pas nécessairement leur poste actuel. Mais ils augmenteront considérablement leurs chances de trouver leur place dans l'économie qui vient. Ceux qui attendront que leur entreprise, leur école ou l'État les y prépare risquent de découvrir trop tard que leur métier a changé sans eux.
Pour les entrepreneurs
Le coût de création d'une entreprise n'a jamais été aussi faible. Une personne peut désormais produire ce qui exigeait hier une équipe entière. Elle peut rechercher, analyser, rédiger, concevoir, automatiser, vendre et suivre ses clients avec une puissance d'exécution jusqu'ici inaccessible. L'obstacle principal ne sera bientôt plus l'accès aux compétences techniques. Ce sera d'avoir une idée qui mérite d'être construite et de conserver la flamme, certains diront "la niaque" pour poursuivre leur but.
Pour les parents
Nos enfants doivent acquérir une véritable maîtrise de l'intelligence artificielle, comme ma génération a dû acquérir une culture informatique. Non parce que l'intelligence artificielle remplacera nécessairement leur métier, mais parce qu'elle transformera tous les métiers qu'ils exerceront. Il faut leur apprendre à l'utiliser, à la questionner, à vérifier ses réponses et à construire avec elle. Mais aussi à ne jamais lui abandonner notre indépendance, notre souveraineté cognitive, donc garder notre capacité à réfléchir et à agir sans elle.
Pour les investisseurs
Le récit de l'apocalypse de l'emploi masque une réalité plus complexe. Les entreprises qui intègrent l'intelligence artificielle peuvent gagner en productivité, inventer de nouveaux services et accélérer leur développement. Celles qui refusent de s'adapter sont probablement les plus exposées. Il faut regarder les usages, les résultats et les transformations réelles. Pas les gros titres. Nous allons entrer dans une phase de consolidation, où des valorisations excessives vont fondre au soleil, créant d'immenses opportunités d'acquisition à bas prix. La bulle brille, elle est à la merci d'une étincelle qui peut venir de toute part. Les turbulences vont être sévères dans les six mois qui viennent...
Pour les responsables publics
Ralentir localement l'adoption de l'intelligence artificielle ne supprimera aucun risque. Cela déplacera simplement les investissements, les entreprises et les emplois vers les pays qui auront décidé de l'adopter. Le rôle des responsables publics n'est pas de figer le monde d'hier. Il est de préparer celui de demain. Cela signifie investir massivement dans la formation, accompagner les transitions et protéger réellement ceux dont le métier sera bouleversé. Un dirigeant, un responsable politique ou un décideur qui n'a pas compris la nature de cette transformation et ne commence pas à l'appliquer dans son propre travail ne commet plus une simple erreur d'appréciation. Il devient incapable d'exercer pleinement sa responsabilité.
De la bataille du "harness"...
Soyons lucides. Certes, adopter l'IA dans les organisations est un prérequis, mais cela ne suffira pas. Un agent générique ne connaît ni votre métier, ni vos contraintes, ni vos outils, ni vos clients. Il ne connaît pas davantage vos méthodes, vos préférences ou les limites que vous refusez de franchir. Il peut être capable de tout en théorie et rester presque inutile dans votre quotidien. Le véritable enjeu devient donc celui du harness : c'est à dire l'ensemble des instructions, des connaissances, des outils, des autorisations et des contrôles qui transforment une intelligence générale en un agent réellement utile à une personne ou à une organisation. Chacun devrait pouvoir définir la mission de son agent. Lui transmettre ses méthodes de travail. Choisir les informations auxquelles il peut accéder. Déterminer les actions qu'il peut accomplir seul, celles qui exigent une validation et celles qu'il ne doit jamais entreprendre. Le prochain combat n'est plus celui de l'agentique. C'est celui de son appropriation. Si seuls quelques spécialistes savent configurer ces agents, cela aggravera les inégalités existantes. Elle concentrera encore davantage le savoir, le pouvoir et la capacité d'agir. Si chacun peut apprendre à façonner le sien, elle peut devenir un formidable instrument d'émancipation. Voilà pourquoi il est vital que tout le monde s'y mette. Pas demain. Maintenant. Avant que le décalage ne devienne impossible à rattraper.
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