Que faudra-t-il préserver de notre cerveau ?

À Philadelphie, une étude menée auprès d'un millier de lycéens a montré que les élèves qui révisaient leurs mathématiques avec ChatGPT progressaient pendant l'exercice, mais que leurs notes chutaient d'environ 20 % par rapport au groupe témoin dès que l'outil disparaissait.

Ceux qui disposaient d'un tuteur conçu par les enseignants, qui donnait des indices plutôt que des réponses et challengeait les élèves au lieu de répondre à leurs questions, ne subissaient pas cette chute.

Même constat à Harvard, où un tutorat IA bien structuré a fait mieux qu'un cours interactif en présentiel.

Deux conclusions se dégagent de ces résultats.

L'IA peut à la fois améliorer nos compétences cognitives et les détruire. Tout dépend de la manière dont on l'utilise. Une IA qui donne la réponse produit de la performance assistée et de la dépendance. Une IA qui fait travailler produit de la compétence. Entre les deux, c'est un choix de conception.

Le sujet dépasse évidemment l'école. La même mécanique s'applique au consultant qui fait rédiger sa recommandation, au dirigeant qui demande une synthèse avant de trancher, à chacun d'entre nous. Le risque est de perdre l'habitude d'utiliser notre cerveau, comme nous avons perdu celle d'utiliser nos muscles avec la mécanisation.

Aujourd'hui, on compense ce déficit par le sport et une hygiène de vie qui passe par la quantification de notre activité physique. Demain, il faudra faire de même pour préserver nos capacités cognitives, voire en développer de nouvelles. On va voir apparaître des programmes de fitness cognitif. Comment ces produits se présenteront-ils ? Que feront-ils pour nous entraîner ? De la même façon que nous travaillons le renforcement musculaire, l'endurance cardiovasculaire ou la souplesse, quelles caractéristiques et quels types d'exercices devrons-nous pratiquer pour préserver notre cerveau, voire le développer ?

Pour identifier ces éléments, il faut d'abord nommer ce que l'on veut garder. Pas tout, mais quelques capacités qui comptent : comprendre un problème, défendre une position, écrire sans béquille, raisonner, mémoriser, formuler un avis avant de lire celui de la machine, maintenir un esprit critique, vérifier de temps en temps ce que l'on sait encore faire seul.

Cette réflexion n'est qu'un début. Dans les semaines qui viennent, je vous proposerai d'aller plus loin en inscrivant ces habitudes d'entraînement cognitif dans un agent (en l'occurrence Qapten), sous forme de routines légères mais quotidiennes. Ceux que cela intéresse, je serai ravi de leur proposer de tester le programme. Je leur offrirai un mois gratuit sur Qapten pour démarrer.

Mais avant cela, et pour m'aider à mieux cadrer l'expérimentation de ces routines, une question : parmi tout ce que vous déléguez déjà à l’IA et que votre cerveau fait de moins en moins, qu'aimeriez vous qu’il puisse encore faire SEUL dans cinq ans ?


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Michel Levy provençal