Votre entreprise doit devenir un récif corallien.

C'est une révolution silencieuse qui se joue non pas dans les data centers, mais sur le clavier de vos collaborateurs. Pendant trente ans, le développement logiciel a été une compétence d'élite, une affaire de spécialistes parlant une langue hermétique. C'était l'ère industrielle du code. Aujourd'hui, cette ère touche à sa fin.

J'en parlais la semaine passée, aujourd'hui, cette barrière s'effondre. Avec le "Vibecoding", développer une application n'est plus une compétence technique, c'est une modalité d'expression.

ous assistons à un basculement fondamental : la fin de la friction entre "ce que je veux faire" et "ce que le logiciel me permet de faire". Mais cette libération de l'énergie créatrice porte en elle les germes d'un chaos organisationnel sans précédent.

Le retour de l'artisanat numérique

Les "gros ERP" monolithiques imposés d'en haut sont obsolètes. Nous entrons dans une ère de néo-artisanat où chaque collaborateur, qu'il soit au Marketing, aux RH ou à la Finance, redevient maître de ses outils de production. Fini le prêt-à-porter logiciel : bienvenue dans l'ère du sur-mesure.

C'est le changement de paradigme le plus radical. On ne conçoit plus un logiciel pour qu'il dure dix ans. On génère une application le mardi matin pour résoudre un problème spécifique, et on la jette le mardi soir si le problème est réglé. L'employé ne se contente plus d'opérer une machine ; il fabrique ses propres outils sur mesure, adaptés exactement à sa façon de travailler, à son "Vibe". C'est une promesse de productivité immense, mais c'est aussi un vertige pour la DSI. Le code devient éphémère.

Mais si chacun crée ses outils dans son coin, l'entreprise risque l'éclatement. Comment collaborer si la Comptabilité utilise une application incompatible avec celle des Ventes, générée à la volée par une IA différente ?

Nous voyons se profiler les 3 cavaliers de l'apocalypse IT :

- Cyber-risque : Fuite de données via des apps non sécurisées.

- Incohérence : Données dupliquées, versions contradictoires.

- Désalignement : L'énergie créatrice se disperse au lieu de servir la stratégie globale.

Normaliser pour libérer

Le dilemme du CEO est désormais de développer cette productivité unique sans perdre le contrôle du navire. La réponse réside dans une subtile alliance entre liberté et cadre.

Il s'agit de mettre en place trois piliers :

1. Edicter les règles (La "constitution IA") : L'IA qui aide l'employé à coder doit connaître "by design" les règles de sécurité, de nomenclature et de design de l'entreprise. La conformité n'est plus un contrôle a posteriori, elle est intégrée dans l'invite de commande (le prompt). La gouvernance devient invisible, encodée dans l'ADN même des outils.

2. Normaliser l'infrastructure (mettre en place un bac à sable) : Fournir un socle technique unique et sécurisé où toutes ces "apps jetables" doivent vivre.

3. Capitaliser sur une donnée cohérente, normalisée, sécurisée : Il faut opérer une distinction fondamentale : si le code (l'application) devient jetable et éphémère, la donnée, elle, doit devenir intangible. Dans un monde où les interfaces se multiplient, la donnée ne peut plus être enfermée dans l'application qui l'a créée. Elle doit résider dans une couche commune, accessible via des API standardisées. Que je sois au Marketing ou à la Logistique, mon "app jetable" doit venir puiser dans le même lac de données. L'orchestration consiste ici à découpler l'intelligence (l'IA/Code) de la mémoire (la Data). Sans cette rigueur, le vibecoding ne créera pas de la valeur, mais une hallucination collective où chaque département pilote son activité sur des chiffres différents. Le code passe, la donnée reste…

Vers l'entreprise "Récif"

Ce séisme va secouer les organisations et en particulier les départements IT ainsi que les entreprises de services du numérique classiques, qui vendent des "jours-hommes" pour produire du code. Elles sont condamnées si elles ne mutent pas. Parce qu'aujourd'hui, l'IA fait mieux, plus vite et moins cher qu'elles, et que le réel besoin n'est plus la production mais l'Orchestration.

Les départements IT comme les ESN doivent connecter les agents (humains et IA) entre eux, et garantir que la somme des intelligences forme une intelligence collective et non une cacophonie.

Pour imager cette mutation, on peut dire que nous quittons le modèle de l'entreprise "Cathédrale", construite pierre par pierre selon un plan unique et immuable par des architectes centraux, pour entrer dans l'ère de l'entreprise "Récif".

L'intelligence ne descend plus du sommet via des outils imposés. Elle émerge du terrain, organique et foisonnante. Vos collaborateurs ne sont plus de simples opérateurs passifs ; en façonnant leurs propres outils par l'IA, ils deviennent les copilotes agiles de leur propre performance.  

Dès lors, la mission du dirigeant change d'échelle. Il ne s'agit plus de commander l'exécution d'un plan figé, mais d'orchestrer une autonomie foisonnante. Pour éviter que cette effervescence d'apps jetables ne se transforme en entropie ingérable, votre Comex doit résoudre une équation à quatre inconnues :

- La sécurité distribuée : Passer d'une logique de forteresse (périmétrique) à une logique de système immunitaire, capable de protéger une myriade d'outils locaux.

- L'interopérabilité sémantique : Garantir que si les outils divergent, la donnée, elle, reste cohérente et commune à tous.

- Le socle technique : Fournir l'infrastructure unifiée, ce "terrain de jeu" obligatoire où s'exécutent toutes les créations.

- La constitution IA : Remplacer le contrôle humain par une gouvernance encodée, imposant vos règles éthiques et techniques directement dans les prompts des IA génératrices de code.

En conclusion, le véritable audit à mener au sein de votre organisation n'est pas seulement technologique, il est culturel ! Il ne s'agit pas de savoir si vous allez y passer, mais comment.

Pour mesurer votre préparation à l'ère de l'organisation symbiotique, posez ces quelques questions sur la table de votre prochain Comex :

- Sur la posture de la DSI : Est-elle prête à passer du rôle de "constructeur unique" à celui de "jardinier", fournissant le terreau fertile et sécurisé (le bac à sable) pour les initiatives des métiers ?

- Sur la culture de l’éphémère : Êtes-vous capables d'accepter l'idée d'une "app jetable", c'est-à-dire d'investir de l'intelligence dans un outil destiné à disparaître le soir même ?

- Sur la valorisation des talents : Savez-vous repérer vos "collaborateurs augmentés", ces architectes de l'ombre qui codent déjà en secret pour pallier les manques de vos outils officiels ?

- Sur la stratégie : Votre gouvernance actuelle est-elle conçue pour maintenir une stabilité qui n'existe plus, ou est-elle prête à orchestrer le mouvement perpétuel ?


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Michel Levy provençal